E C O - L E A R N

 

Le billet de la semaine

NOUVELLES DU FRONT DANS “LES RAPPORTS ENTREPRISES ET SOCIÉTÉ”

Par Patrick d’Humières

ÉCHANGE RÉSILIENCE CONTRE DURABILITÉ ! 

Le retournement du business « pour mettre l’environnement au cœur de la reprise économique », exprimé par cent dirigeants français, est un message emblématique ; il rappelle le basculement fondamental opéré par nos grandes entreprises à la veille de la COP 21 pour considérer que l’enjeu climatique s’imposait désormais par-dessus tout (ou presque…).
Certes, il s’inscrit dans une démarche institutionnelle qui force la main à tous ceux qui vont avoir besoin de garanties publiques, car portée de la BCE à la Commission Européenne, par les grands investisseurs, les gouvernements et une cohorte de coalitions civiles qui demandent qu’on aille chercher la croissance perdue dans trois directions fondamentales : décarbonation des modèles, éco-conception de l’offre et attention sociale réelle pour réparer les méfaits de la mondialisation coupable de notre malheur actuel.
Est-ce que les actes vont suivre les mots ? Est-ce que les dispositifs de soutien et les accords publics-privés salvateurs vont s’appliquer en ce sens ? Est-ce qu’on calera devant les remises en cause ou est-ce qu’on enclenchera au contraire de vraies transformations avec des initiatives fortes : sur les investissements EnR, les produits qu’il faudra arrêter (SUV ? phytos ?), les relocalisations impérieuses à lancer, les bas salaires à remonter, l’impact investing à privilégier, etc. ? 

« L’inversion mentale », ne doit pas se faire seulement dans les têtes mais dans la relation aux investisseurs pour que la baisse de rendement du capital soit accordée moyennant une résilience qui devra sauver l’économie réelle, justifiant d’une utilité sociale (« raison d’être »).

« L’inversion mentale », si elle a lieu, ne doit pas se faire seulement dans les têtes (bien faites) mais dans la relation aux investisseurs pour que la baisse de rendement du capital qui va suivre inéluctablement soit accordée assez longtemps et moyennant une résilience qui devra sauver l’économie réelle, justifiant d’une utilité sociale (« raison d’être ») et pas seulement d’un PER sympathique. Il faudra laisser tomber les financements indéfendables socialement – il y en a, comme l’abandon à la Chine des principes actifs et aux GAFAM des outils numériques vitaux – et élargir l’équation décisionnelle primaire qu’on a appliquée de façon pavlovienne, aux critères S & G auxquels tous les bilans post-crise devraient être soumis. N’est-ce pas le forum de Davos (WEF) qui vient de publier une mesure de la valeur globale en ce sens, de demander la transparence fiscale pays par pays et BlackRock qui vient de lancer son fonds aligné sur les ODD ? La pentecôte 2020 voit l’esprit sain tomber sur la Bourse : elle achète une promesse de résilience contre un paiement collectif des pertes. Ce n’est plus le marché qui commande mais « la Société » !
Trois mesures fortes peuvent aider les entreprises à se convertir à « la nouvelle économie responsable de marché » qui va peut-être éclore après les confinements, si le chômage et les faillites ne sèment pas la panique avant. La première est de faire de nouveaux scénarios stratégiques à l’aune de la nouvelle demande durable qui se met en place ; le Shift Project a lancé un formidable chantier d’étude secteur par secteur pour éclairer les transformations nécessaires. On notera que c’est une ONG qui fait le job et pas France-Stratégie ! Là est la deuxième mesure : collaborer étroitement avec les acteurs civils, des fournisseurs à mieux respecter aux clients à mieux préparer. Les « entreprises en Société » devraient remplacer les stratèges confinés qui ont toujours trouvé les bonnes raisons de ne pas prendre de risque depuis vingt ans ! Et d’où la troisième mesure que nous recommandons vite : confier la stratégie aux directions développement durable, beaucoup plus aptes à emmener l’entreprise dans les audaces et les perspectives qui la « ré-inventeront ». L’exemple de Total qui a consenti à renforcer son engagement climatique pour ne pas subir les foudres d’actionnaires éclairés en dit long sur la pression inéluctable et « le chemin de Damas » qui reste à faire. Est-ce qu’un CEO osera dire à sa gouvernance et ses équipes à l’automne qu’il faut faire comme avant pour retrouver les profits d’avant ? Alors qu’il est attendu sur ce qu’il faut faire de différent pour trouver la résilience dans un monde chaotique et qui n’a pas fini de bouger. Qui croit qu’il se reconstruira tout seul ?

Nous avons mis en débat avec des acteurs engagés en France et en Europe, dont la communauté des Managers Responsables (MR21) une « modélisation d’un fonctionnement durable de l’entreprise ». Consultez le rapport de proposition « pour une entreprise européenne durable » mis en débat par Eco-Learn en vue de porter une initiative des acteurs engagés en faveur d’une transformation durable des modèles d’entreprises.

 

Patrick d’Humières est fondateur de l’Académie Durable Internationale / Eco-Learn, directeur pédagogique des Master Class 21 (CentraleSupélec Exed) et enseignant « sustainable business models » à Sciences-Po, fondateur de la communauté « managers responsables 21 ».

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